La vie de Valery Giscard d’Estaing
Les débuts : 1926 – 1974
Enfance & Jeunesse
Valéry Giscard d’Estaing nait le 2 février 1926 à Coblence (Allemagne) où son père est directeur des finances au Haut-Commissariat de France en Rhénanie occupée.
C’est aux lycées Janson-de-Sailly à Paris et Blaise-Pascal à Clermont-Ferrand qu’il effectue sa scolarité.
A 18 ans, il interrompt ses études pour partir combattre alors qu’il suit une classe préparatoire aux grandes écoles à Louis-le-Grand. Comme il est mineur (l’âge de la majorité est encore à 21 ans), la première bataille qu’il doit mener est auprès de son père pour obtenir son autorisation de rejoindre la Première Armée française.
Le tireur de chars au deuxième régiment de dragons reviendra de la campagne d’Allemagne avec la croix de guerre à l’ordre du corps d’armée épinglée sur sa poitrine.
Adieu aux armes et retour aux études, l’ancien soldat est reçu à Polytechnique en 1946 puis à l’ENA en 1949. Son classement de sortie lui ouvre les portes de l’Inspection des Finances.
Au printemps 1952, le jeune énarque rencontre Anne-Aymone de Brantes. Elle a 18 ans. Il l’épouse le 23 décembre de la même année. Ils auront quatre enfants : Valérie-Anne, Henri, Louis et Jacinte.
Entrée dans la vie publique
En 1953, Valéry Giscard d’Estaing est nommé chargé de mission auprès d’Edgar Faure, ministre des Finances.
Il n’imagine pas, à l’époque, qu’il occupera un bureau rue de Rivoli* – malgré quelques courtes interruptions – pendant 12 années. Lorsqu’il en part définitivement en mai 1974, le chargé de mission est devenu entre-temps ministre d’Etat….
Le jeune inspecteur des Finances passe pour une courte période, et cela sera la seule, par l’Hôtel Matignon où est installée la présidence du Conseil. Il y est appelé en 1955 par son nouvel hôte, Edgar Faure, pour y occuper la fonction de directeur adjoint de son cabinet.
Il se souvient qu’il a pour voisin de bureau le grand résistant gaulliste, Pierre Sudreau (lequel aurait, dit-on, inspiré le personnage du « petit prince » à Saint-Exupéry).
Cette même année, l’enfant d’Auvergne affronte l’épreuve des urnes pour la première fois et avec succès : il est élu député du Puy-de-Dôme.
Avant d’être transféré à Bercy, le ministère des Finances est installé depuis 1871 dans l’aile Richelieu du Louvre.
Douze ans aux Finances
Le premier gouvernement de la Ve République est constitué le 9 janvier 1959 à la suite de l’élection du Général de Gaulle à la Présidence. 26ème membre sur une liste de 27, Valéry Giscard d’Estaing est nommé secrétaire d’Etat aux Finances. Il devient, à 32 ans, le benjamin du Gouvernement Debré. Trois ans plus tard, il est promu ministre des Finances et des Affaires économiques.
Valéry Giscard d’Estaing travaille 7 ans avec le général de Gaulle. Il le rencontre, en tête à tête, tous les lundis à l’Elysée pour lui rendre compte des affaires économiques et financières. Il y a aussi les conseils des ministres hebdomadaires, les conseils restreints pour décider des politiques sectorielles et des grands chantiers. Il y a, enfin, les voyages à l’étranger lorsqu’il l’accompagne. Il a le temps de connaitre ce personnage d’exception et sa façon de procéder. Ce qui le marquera – et il ne l’oubliera pas – c’est sa méthode : le Général fixe les objectifs et laisse aux autres le soin de la réalisation.
Lorsque Georges Pompidou est nommé à Matignon, Valéry Giscard d’Estaing conserve son portefeuille de ministre de l’Economie et des Finances jusqu’en 1966, date à laquelle il n’est pas reconduit dans ses fonctions au profit de Michel Debré qui souhaite ardemment le poste. Bien qu’on lui propose un autre grand ministère, Giscard choisit de quitter le gouvernement.
Son retour, toujours aux Finances, s’effectue en 1969 dans le gouvernement de Jacques Chaban-Delmas puis Pierre Messmer sous la présidence de Georges Pompidou qui succède au général de Gaulle.
Le 2 avril 1974, à 21 h, Georges Pompidou, victime d’une septicémie, décède à son domicile parisien.
La présidence de la République 1974 – 1981
Campagne présidentielle
Le 19 mai 1974, Valéry Giscard d’Estaing est élu président de la République après une campagne courte mais inédite dans la forme : toute sa famille y participe (sa fille Jacinte, alors âgée de 13 ans, figure à ses côtés sur l’affiche de campagne) ; le slogan « Giscard à la barre » fleurit sur les tee-shirts ; les Français vont à sa rencontre, remplissent les salles de meeting et lui souhaitent « bonne chance ». C’est « la victoire en chantant » célébrée dans le « Chant du départ », entonné à la fin des grandes réunions publiques. On respire une atmosphère de fête.

Le septennat 1974-1981
Ouverture, harmonie sociale, anticipation de l’avenir : le libéralisme social avancé est la dénomination donnée à la pensée qui inspire le nouveau Président.
Les réformes du septennat se bâtissent autour de l’idée de modernisation de la société prise dans son ensemble économique, politique, social ou culturel.

Pour en savoir plus
Liste thématique de 402 réformes du septennat
Les archives du Président Giscard d’Estaing ont été classées et inventoriées par Pascal Geneste, conservateur général du Patrimoine. Elles sont conservées sur le site de Pierrefitte-sur-Seine des Archives nationales.
Archives de la présidence de la République. Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981). Répertoire numérique détaillé établi par Pascal Geneste, assisté de Violaine Chatelain et Gabrielle Vitali, Archives nationales – Somogy, éditions d’art, 2007
Depuis 1981
« Ce que je ressens ce n’est pas de l’humiliation mais quelque chose de plus sévère : la frustration de l’œuvre inachevée […] J’en garderai une morsure aussi tenace que celle du jeune spartiate dont le renard dévorait le foie, la morsure d’une inguérissable nostalgie. »
VGE, 18 juillet 2006
Ainsi se termine le dernier volume « Le Pouvoir et la Vie », recueil de ses mémoires. Ces quelques lignes, écrites 25 années plus tard, donnent la mesure de la douleur éprouvée après l’échec de l’élection de 1981.
La vie d’ancien Président
Sentiment de vide, désir de fuir les projecteurs. Avant tout se réadapter à la vie. Retrouver les activités quotidiennes. Comment y parvenir ? Son ancrage, c’est l’Auvergne. Sa sphère, c’est la vie politique.
L’ancien Président décide de se soumettre à nouveau aux suffrages de ses compatriotes. Comme notamment Raymond Poincaré avant lui, il repart de la base et brigue les mandats locaux, un à un, à la recherche d’une nouvelle légitimité démocratique et populaire.
Il est élu :
Sentiment de vide, désir de fuir les projecteurs. Avant tout se réadapter à la vie. Retrouver les activités quotidiennes. Comment y parvenir ? Son ancrage, c’est l’Auvergne. Sa sphère, c’est la vie politique.
L’ancien Président décide de se soumettre à nouveau aux suffrages de ses compatriotes. Comme notamment Raymond Poincaré avant lui, il repart de la base et brigue les mandats locaux, un à un, à la recherche d’une nouvelle légitimité démocratique et populaire.
Il est élu :
- conseiller général du canton de Chamalières de 1982 à 1988 ;
- député du Puy-de-Dôme de 1984 à 1989 puis de 1993 à 2002 (président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale de 1987 à 1989 et de 1993 à 1997) ;
- président du conseil régional d’Auvergne de 1986 à 2004.
Académie française
Le 11 décembre 2003, l’ancien président de la République est élu à l’Académie française, au fauteuil numéro 16, dès le premier tour de scrutin. Il succède à Léopold Sédar Senghor, poète et premier président de la République du Sénégal.
Valéry Giscard d’Estaing est le sixième chef d’Etat à siéger sous la coupole. Mais il est le premier ancien Président français à être élu à l’Académie : ses prédécesseurs ont été académiciens avant d’être présidents.
Lors de la remise de son épée dans la grande nef du musée d’Orsay par Marina Picasso et Claude Bébéar, le 15 décembre 2004, son ami de jeunesse Jean d’Ormesson prononce le discours de réception.
Le lendemain, le 16 décembre 2004, est le jour de la réception sous la coupole. Jean-Marie Rouart prononce l’éloge.
Cette épée est son épée de Polytechnicien, sur laquelle ont été gravés les symboles suivants sur chacune des deux faces :
- Face 1 : faisceau de licteur entouré d’une couronne de lauriers (emblème de la République et de son septennat) ;
- Face 2 : trois dates : 1946, entrée à l’Ecole polytechnique ; 1974 : élection à la présidence de la République ; 2003 : approbation du projet de traité instituant une Constitution pour l’Europe (Conseil européen réuni à Thessalonique) et élection à l’Académie française.
Les dernières années
Infatigable, V. Giscard d’Estaing défend ses convictions jusqu’au bout auprès des étudiants, des acteurs politiques et économiques en France, en Europe et dans le monde : de l’École de Management (EM) de Strasbourg à l’université Lomonossov à Moscou, en passant par la London School of Economics (LSE) ; du rendez-vous d’Aix-en-Provence du Cercle des économistes à la Chambre de commerce de Shanghai.
Il fait encore entendre sa voix dans les médias, avec notamment sa Chronique de la pensée multiple publiée régulièrement dans l’hebdomadaire le Point.
Conjointement avec son épouse Anne Aymone, il s’engage fortement dans la Fondation Valéry Giscard d’Estaing qu’il a créée le 19 septembre 2011. Il en préside le prix qui porte son nom et qui, en partenariat avec la Fondation Schuman, récompense chaque année depuis 2019 un ou une étudiante en affaires européennes.
Valéry Giscard d’Estaing s’éteint le 2 décembre 2020 entouré des siens dans la propriété familiale située à Authon, petit village du Loir-et-Cher où il repose désormais.